Rimini comme vous ne l’avez jamais vue : le journal d’un concierge

Todro de Viserba : le sourire qui ne s’éteint pas

Il entre.

Chemise ouverte sur la poitrine. Manches retroussées jusqu’aux coudes. Les cheveux un peu ébouriffés, comme toujours. La serviette sur l’épaule — cette serviette qui était devenue une partie de lui comme une signature, comme un geste qui n’a jamais besoin d’explication.

Et puis le sourire.

Large. Chaleureux. Le genre de sourire qui ne demande rien en retour, qui te dit tout de suite que tu es au bon endroit, que ce soir tu mangeras bien et tu riras encore mieux.

À Viserba — le quartier nord de Rimini, là où la mer rencontre une Italie plus calme et authentique — il y a eu un temps où pour se sentir vraiment chez soi à Rimini, il suffisait d’ouvrir cette porte.

La porte du restaurant Da Todro.

Quiconque a passé un été dans la zone nord de Rimini connaît ce nom. Ou connaît quelqu’un qui le connaît. Ou a entendu “Todro” prononcé avec cette cadence particulière réservée aux choses importantes — pas en passant, mais avec cette demi-seconde supplémentaire qu’on accorde aux choses qui comptent vraiment.

Qui était Gianfranco « Todro » Panighelli

Ce n’était pas seulement un restaurateur.

C’était le maître de maison dans le sens le plus plein et le plus ancien du terme — celui qui connaît chaque table, chaque habitué, chaque histoire de famille vécue dans sa salle au fil de quarante années.

Né le 20 mars 1946, héritier d’une famille de marins et d’entrepreneurs de Viserba. Jeune, il jouait au football avec talent, puis vint la saison des hôtels — comme tant de Riminesi (habitants de Rimini) qui ont bâti cette ville saison après saison. La mer, le football, le tourisme, la table. Une trajectoire typiquement romagnole, qui en 1981 l’amène à ouvrir Da Todro à Viserba.

Depuis ce jour, il ne s’est plus arrêté.

Plus de quarante ans. Le même local. La même philosophie : simplicité et qualité, sans compromis. La salle était le prolongement de sa personnalité — chaotique dans le bon sens, chaleureuse, vivante. Le maire de Rimini Jamil Sadegholvaad l’a défini “pilier de l’histoire de l’accueil de Rimini et de Viserba en particulier”. Sur les réseaux sociaux, quelqu’un l’avait élu maire officieux de Viserba — pas par ironie, mais par vraie reconnaissance. Un de ces rôles qu’on conquiert sans se présenter à aucune élection, soir après soir, plat après plat.

Certains le rappelaient comme drôle.

Certains l’appelaient bavard.

Certains — sa fille Chiara — le décrivaient comme “unique, sympathique, bavard, parfois difficile”, mais complètement renouvelé auprès de ses petits-enfants. Toutes les facettes d’un homme vrai, pas d’un personnage de carte postale.

Il est décédé en mars 2025, à 78 ans, après des mois de maladie pendant lesquels il avait refusé de cesser d’être là — dans son restaurant, parmi les siens. Il Resto del Carlino (le principal quotidien local) titrait : Le sourire de Todro s’est éteint. Trois mots. Un portrait complet.

Mais la salle ne s’est pas éteinte. Sa femme Mara Castellani et sa fille Chiara Panighelli, avec Salvo en cuisine, portent Da Todro en avant — une cuisine “comme avant, celle de Gianfranco Panighelli dit Todro, aujourd’hui reprise par sa famille.”

Arriver chez Da Todro : le lieu et l’atmosphère

Viserba est le quartier nord de Rimini. Ce n’est pas le centre historique, ce n’est pas le front de mer des grandes discothèques. C’est un quartier de mer avec sa propre identité — établissements de plage, bateaux de pêche, familles qui reviennent chaque été au même endroit depuis des générations.

Da Todro est là. Et quand tu y arrives pour la première fois, tu comprends immédiatement que ce n’est pas un endroit qui a besoin de t’impressionner.

Pas d’enseignes lumineuses. Pas de design recherché. Tu trouves un vrai restaurant de fruits de mer romagnol — la salle a la chaleur des choses bien usées : les tables mises avec soin mais sans cérémonie, la bonne lumière, le brouhaha d’une salle qui travaille, le parfum du poisson grillé qui te parvient dès l’entrée.

Et tu le trouves lui — ou du moins, pendant quarante ans tu le trouvais lui.

Todro qui vient à ta rencontre. Qui te souhaite la bienvenue comme s’il t’attendait depuis longtemps, comme s’il avait déjà en tête ce qu’il allait te faire manger. Qui t’installe à la table avec cette naturelle aisance de maître de maison accompli, sans chichis, sans le protocole formel des restaurants qui se prennent trop au sérieux.

La première chose que tu remarques — toujours la même : la serviette sur l’épaule. Puis le sourire. Puis tu comprends que tu ne regarderas pas beaucoup la carte, parce qu’il y a une meilleure façon de dîner ici.

La vraie carte n’était pas celle écrite : c’était lui

Beaucoup préféraient ne pas regarder le menu.

Ils laissaient décider Todro.

Pas par paresse. Par confiance — celle qui se construit au fil des années, avec les clients qui reviennent, qui comprennent que l’homme à la serviette sur l’épaule sait déjà mieux que toi ce qui vaut la peine d’être mangé ce soir. “Qu’est-ce qu’il y a ce soir, Todro ?” Et il répondait avec le poisson du jour, la saison, ce que la mer avait apporté. Le menu écrit était une carte. Le vrai menu naissait du dialogue — de cette conversation entre maître de maison et hôte qui dans les restaurants ordinaires n’existe presque plus.

Avec Todro, ce n’était pas une mise en scène. C’était la chose elle-même.

Le rituel des crevettes au sel : le plat qui était lui

Il y a un plat qui, plus que tous les autres, raconte qui était Todro.

Les grosses crevettes au sel avec pinzimonio (légumes frais et huile d’olive), assaisonnés à la table selon son rituel.

Ce n’est pas une technique compliquée. Des crevettes de qualité cuites sous une croûte de gros sel — le sel scelle, cuit lentement, retient les sucs. Le pinzimonio à côté : légumes frais, bonne huile, quelque chose de simple qui nettoie le palais entre deux bouchées.

Mais ce qui rendait ce plat spécial, ce n’était pas la recette.

C’était le geste.

Todro arrivait à la table avec le plat, s’arrêtait, et commençait. Il brisait la croûte de sel d’un geste sûr — des années de gestes répétés, devenus automatiques mais jamais mécaniques. Il disposait les crevettes, ajustait le pinzimonio, expliquait. Pas avec la voix du serveur qui récite les consignes. Avec la voix de quelqu’un qui aime ce qu’il fait et veut que tu l’aimes avec lui.

Il était — comme l’a écrit Il Resto del Carlino — une “personnalité pyrotechnique” capable d’ajouter des gestes et des rituels qui transformaient les repas en expériences. La salle de Da Todro était un petit théâtre de la convivialité romagnole. Cette table, à ce moment-là, était le centre du monde.

Les clients ne se sentaient jamais spectateurs.

Ils se sentaient protagonistes.

Les plats du restaurant Da Todro : les fruits de mer de Viserba comme il se doit

La philosophie était claire depuis 1981 : simplicité et qualité. Pas d’émulsions, pas de fleurs comestibles, pas de réinterprétation moderne pour le plaisir de réinterpréter. Cuisine romagnole de mer — celle qui sait d’où vient le poisson et le respecte.

Voici ce que tu trouveras — et ce que tu trouveras encore aujourd’hui, parce que la famille est restée fidèle à cette ligne.

Le calamar farci grillé (calamarone ripieno alla griglia). Simple en apparence, difficile dans la pratique. Un grand calamar farci et passé sur le grill : il exige une cuisson qui ne pardonne pas les erreurs — une minute de trop et il devient caoutchouteux, une minute de moins et il ne convainc pas. Quand c’est bien fait, comme ça l’a toujours été ici, la chair est tendre, la farce savoureuse, le grill laisse la marque juste sans brûler. C’est le genre de plat qui n’a pas besoin d’explications : il parle de lui-même.

Sardoncini scottadito (petites sardines « brûle-doigts »). En dehors de la Romagne, presque personne ne les connaît. Les guides gastronomiques nationaux les ignorent. Ici, c’est une institution. Petites, savoureuses, avec cette salinité adriatique qu’on ne trouve nulle part ailleurs — on les mange chaudes, tout juste sorties du grill, en se brûlant les doigts comme le nom le suggère. Le nom n’est pas une exagération : elles brûlent vraiment, et on les mange quand même, parce qu’attendre signifierait les perdre.

Petites seiches aux cigales de mer (seppioline con mazzancolle). Un accord qui fonctionne par contraste : la douceur délicate de la petite seiche contre la sapidité plus marquée des cigales. Rien de baroque — juste la qualité de la matière première et le bon moment de cuisson. Un de ces plats qui ne semble pas grand-chose sur la carte écrite et puis, quand il arrive, tu comprends tout.

Artichauts grillés au vinaigre balsamique (carciofi grigliati con aceto balsamico). La touche de terre au milieu de la mer. Ici la Romagne se souvient qu’elle n’est pas seulement l’Adriatique — c’est aussi l’arrière-pays, les collines, les potagers. Les artichauts grillés au balsamique te ramènent les pieds sur terre de la façon la plus agréable qui soit, et ils s’accordent avec le poisson mieux qu’on ne le croirait.

Le poisson du jour. Ce que tu ne trouveras sur aucun menu fixe, parce que ça dépend de ce que le marché a offert ce matin-là. C’était le royaume de Todro — le plat qu’il décidait, qu’il recommandait, qui changeait chaque soir. Aujourd’hui la famille perpétue cette tradition : demande toujours ce qu’il y a, avant de te fixer sur quelque chose d’écrit.

Restaurant Da Todro : informations pratiques

Quand les clients de mon hôtel me demandent où manger de vrais fruits de mer dans la zone nord de Rimini, la réponse ne change jamais.

Da Todro.

Pas parce que c’est le restaurant le plus tendance de Rimini — ce n’est pas le cas, et tant mieux. Mais parce que c’est un endroit vrai, géré par une vraie famille, avec une cuisine qui sait ce qu’elle fait.

Restaurant Da Todro

Viserba, Rimini — zone nord, à quelques minutes en voiture du centre

Site officiel : datodro.it

Quoi commander pour une première visite : commence par les crevettes au sel. C’est le plat qui raconte mieux que tout autre la philosophie du lieu. Puis demande le poisson du jour — fais confiance à la famille, comme on faisait confiance à Todro. Tu ne te tromperas pas.

La réservation est indispensable. Da Todro a toujours été un restaurant très demandé — c’est encore le cas aujourd’hui. Ne te présente pas sans réservation un soir d’été. Appelle d’abord, organise-toi, et profite ensuite de la soirée sans soucis.

À l’Aqua Hotel, c’est la réponse que nous donnons quand nos clients demandent où manger des fruits de mer comme il se doit.

Un endroit précis. Avec une vraie histoire derrière chaque plat.

Tu sais où me trouver. À l’Aqua Hotel.

À propos de moi

Je m’appelle Cristian Brocculi et cela fait plus de vingt ans que je vis et travaille à Rimini.
Je connais chaque recoin de cette ville, des lieux emblématiques aux trésors cachés de l’arrière-pays.

J’ai créé ce blog pour vous aider à découvrir Rimini comme un vrai local,
avec des conseils authentiques, des expériences locales et des histoires introuvables dans les guides.

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